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Le blog de Jean Roche - BETEN International

Ukraine : Terres slaves recherchent producteurs français

16 Mai 2011, 11:11am

Publié par jeanroche

Auteur : Gaëlle Gaudin

Publication : Juillet/Août 2003, Grandes Cultures

 

Jean Roche est l’un des premiers et des rares Français à s’être installé sur des terres ukrainiennes. Il loue et exploite entre autres 800 ha de grandes cultures au sud-ouest de Kiev, et regrette l’absence de compatriotes sur ces terres à fort potentiel. « Pourquoi ne pas aller produire à la place de nos concurrents ? Les Allemands, Italiens, Autrichiens, Américains… ont déjà su saisir de nombreuses opportunités ! »

 

« L’Ukraine représente une zone de grandes cultures exceptionnelle et la législation du pays permet, depuis deux ans, l’implantation d’investisseurs étrangers. Pourquoi les Français, les plus grands producteurs d’Europe de l’Ouest, ne sont-ils pas plus présents dans ce pays situé à trois heures d’avion et qui sera, dès mai 2004, à la frontière de l’Union Européenne ? », s’interroge Jean Roche. Les opportunités sont à saisir aujourd’hui… dans quatre ans, il sera trop tard. D’autant que les premiers arrivés sont toujours les mieux servis, et que les investisseurs locaux et étrangers ne manquent pas. Par ailleurs, en étant plus nombreux sur place, les producteurs français pourraient, d’une part, mieux faire valoir leur droit d’investisseurs étrangers et d’autre part, bénéficier ensemble d’économie d’échelle.

2001 : les terres s’ouvrent aux étrangers

Pdg d’une société de service et d’ingénierie, Jean Roche travaille dans l’ex-Union soviétique depuis 1985. Sur place la grande majorité du temps, il a pu suivre de près l’évolution politique et législative des pays, et louer des terres dès que l’occasion s’est présentée. « Après le putsch de 1991, les économies de ce pays se sont vite dégradées. En Ukraine, où j’ai finalement choisi de m’implanter, j’ai pu observer la dégradation progressive de toute l’économie du pays, et notamment celle de l’agriculture. Durant dix ans, les kolkhozes sont encore restés sous la dépendance de l’Etat, mais avec un état de faillite, tout se dégrade et les productions ne cessent de régresser. »

L’arrivée, fin 1999, de nouvelles mesures juridiques qui privatisent l’exploitation de tous les kolkhozes, avec une redistribution des terres aux villageois, signe le désengagement total de l’Etat et ouvre de nouvelles perspectives à l’agriculture du pays. Enfin, en novembre 2001, un nouveau code foncier entre en vigueur et permet notamment aux étrangers de louer des terres (prix moyen compris entre 25 et 30 euros/ha/an pour les terres non irriguées), avec une perspective d’achat dès le 1er janvier 2005 pour les personnes morales de droit ukrainien. Jean Roche, qui détient déjà des sociétés dans le pays, en profite alors pour louer et exploiter des terres du sud-ouest de Kiev, à Berditchev, dans une zone drainée de grandes cultures où les conditions pédoclimatiques lui semblent optimales, car représentant un bon compromis, tant sur le plan de la qualité des terres qu’au niveau du climat, ni trop chaud, ni trop froid.

« Les kolkhozes exploitent en moyenne entre 3000 et 5000 ha, avec des extrêmes allant jusqu’à 20 000ha, explique Jean Roche. Cela donne une idée des surfaces susceptibles d’être louées. Actuellement, sur le kolkhoze où se situent les terres que nous louons, sont encore disponibles quelque 4000ha, par blocs de 250 à 700ha d’un seul tenant. Il suffit alors des fonds… et un peu de patience. »

De la patience, Jean Roche en a eu besoin, car si le fait d’arriver au début des opérations lui a donné la possibilité de choisir ses terres, cela lui a en revanche valu de devoir faire face à des procédures nouvelles et encore peu rodées. « Une année entière a été nécessaire pour obtenir une première partie de 800ha que je loue actuellement, explique-t-il. Car il a fallu aller chez les villageois détenteurs de certificats de terre pour les convaincre de l’intérêt de louer leurs hectares. Or chaque villageois ne détient que 4ha environ ! Le porte-à-porte a donc pris du temps. Sans compter qu’ensuite, il a fallu que le district cadastre la zone correspondant aux certificats que je présentais. » Aujourd’hui, cependant, les procédures sont plus rapides. Jean Roche les estime à six mois maximum.

Des potentiels très prometteurs

Une certaine patience est également recommandée pour l’obtention des rendements conséquents pour les cultures implantées. De nombreuses terres n’ont pas été cultivées sur les dix dernières années et sont en friche, souligne Jean Roche. Il faut donc déjà compter deux ou trois ans pour les rendements à venir notamment à bout d’adventices. »

Mais les potentiels sont indéniablement là : la fameuse terre noire « tchernozium » (avec un taux d’humus  de 35g/kg, et sans cailloux) couvre, sur une profondeur pouvant dépasser deux mètres, les parcelles de 50 à 100 ha de moyenne.

« Nous avons, au début, cherché à rester dans les coûts de production locaux et n’avons pas mis d’intrants, souligne Jean Roche. Les rendements de blé, par exemple, se limitaient donc, au mieux, à 25q/ha. Mais cette année, avec un passage d’herbicide et l’apport de 40 unités d’azote, nous espérons déjà atteindre 45q/ha. De même pour la betterave : nous espérons passer de 25t/ha à 40t/ha, avec, en plus du désherbage à la main (150 personnes embauchées pour l’occasion), l’apport de quelques intrants. Nous préférons attendre quelques années avant de jouer la carte de l’intensification : il faut en effet prendre le temps de se familiariser avec les conditions pédoclimatiques. »

L’exploitant a par ailleurs commencé par implanter des cultures peu sophistiquées telles que le sarrasin, le millet, l’avoine, avant de cultiver l’orge de brasserie, des betteraves ou encore des plantes aromatiques (coriandre, angélique, cassis…), qui demandent davantage de technicité.   Il a par ailleurs abandonné la production des pois protéagineux d’origine occidentale pour adopter une variété locale « péluchka », mieux adaptée, dont les rendements atteignent 25 à 30 q/ha sans intrant. « La société n’a rien gagné sur ces locations de terre au cours des deux premières années, car nous avons préféré continuer à investir, souligne Jean Roche. Mais nous attendons des retours dès cette nouvelle récolte.

Côté commercialisation, Jean Roche multiplie les interlocuteurs : usines locales (malterie, sucreries) et exportations (notamment pour les plantes aromatiques). Les produits sont stockés soit dans des silos loués, soit à plat, dans des bâtiments situés sur les terres.

« Il est par ailleurs important, afin de ne pas mettre ses œufs dans le même panier, de multiplier les modes d’implantation dans ces pays. Nous avons donc choisi de louer des terres, mais également de mettre en place des contrats de cultures et des partenariats avec des kolkhozes. Et ce, dans des zones pédoclimatiques différentes. » Les 55 ha de coriandre implantés cette année vont ainsi servir à produire de la semence pour des contrats de culture sur 1 000 ha l’an prochain.

Enfin, dernier conseil de Jean Roche : être sur place.

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