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Le blog de Jean Roche - BETEN International

Ingénieurs-conseils et ingénierie – le salut par l’export

16 Mai 2011, 11:19am

Publié par jeanroche

Auteur : Odile Cornet

Publication : le 9/05/1994, Le MOCI

 

 

Face à la baisse marquée des investissements dans l’Hexagone, les ingénieurs-conseils et les sociétés d’ingénierie se battent pour obtenir des appels d’offres à l’étranger, sur financements internationaux, notamment.

Les temps sont durs. La récession dont la France émerge à peine a renforcé la conviction de nombre d’ingénieurs- conseils et de sociétés d’ingénierie qu’il est urgent d’exporter pour profiter du boum économique d’autres régions du globe, équilibrer les risques et survivre.

Mais qu’appelle-t-on donc « ingénierie » ? Selon la Banque mondiale, c’est un type particulier de bureau d’étude qui fournit, individuellement ou en association avec d’autres firmes, l’ensemble des services de conception, de préparation technique, de mise en place, de mise en route d’ensembles industriels et métallurgiques complexes entrainant normalement de gros investissements » (1) Quant à la différence entre les ingénieurs-conseils et les sociétés d’ingénierie, outre le farouche attachement des premiers à leur indépendance, elle viendrait du caractère non « intégré » des prestations des ingénieurs-conseils par rapport à l’ensemble du projet, selon M. Dominique Rousseau, président du comité des affaires internationales, de la CICF et PDG du cabinet d’ingénieurs-conseils Soletco.

Recul  de l’investissement

 

La profession a beaucoup souffert du recul de l’investissement qui a fortement touché le secteur industriel et le bâtiment entraînant, en France, pour 1992, une baisse des activités de 3% et probablement de 2% en 1993 d’après les estimations de Syntec.

Aujourd’hui, l’ingénierie devrait repartir, si la reprise se confirme, mais après un certain délai. Les industriels veulent s’assurer de la vigueur de la demande, avant de procéder à de nouveaux investissements. Dans la distribution, on envisage déjà davantage d’installations pour suivre l’évolution de la technologie et répondre à une demande croissante de produits frais, explique M.Nicolas Theis, Directeur général adjoint de la Serete.

Face à la crise, tous les cabinets d’ingénieurs, quelle que soit leur structure, sont à la même enseigne. Certaines sociétés françaises d’ingénierie ont donc cherché à renforcer leur internalisation. Si bien qu’aujourd’hui, les projets sur les marchés étrangers représentent 28% du chiffre d’affaires total des études des adhérents de Syntec-Ingénierie, contre 26% il y a deux ans, souvent financés par des organismes internationaux. Même les entreprises de taille moyenne, voire petite, veulent exporter.

Les missions de Syntec

 

Deux candidats différents se chargent d’ailleurs de représenter le secteur et de le sensibiliser à l’international. Quelque  150 sociétés, regroupant 25 000 à 30 000 personnes sont affiliées à la Chambre syndicale des sociétés d’études techniques et d’ingénierie. Syntec, présidée par M. Je        an François Mattei, également PDG de Sofresid. Près de 1 000 ingénieurs-conseils se retrouvent dans la Chambre des ingénieurs-conseils de France, avec M. Marcel Marion comme délégué général.

Soucieuse de répondre à la demande de ses adhérents, la commission internationale de Syntec-Ingénierie, dont M. Nicolas Theis a repris la présidence en janvier, non contente de fournir force informations à ses adhérents, vient même d’organiser une action collective, au siège de la Berd, à Londres. Car, toute jeune et en cherchant ses marques, la Berd dépayse encore un grand nombre de consultants, « banque d’affaires, mi-banque de développement, elle n’a pas trouvé son créneau entre les banques commerciales et la Banque mondiale », écrit le magazine « L’Expansion ». Mais, avec l’actuel président, une nouvelle impulsion est donnée, et nombre de consultants ont voulu savoir plus, lors de la réunion annuelle qui s’est tenue à Saint-Petersbourg.

 

Puis une mission de prospection au Kazakhstan et en Ukraine suivra, mise en œuvre par Syntec, avec l’appui de l’Actim et de la DREE. Missions collectives qui correspondent  bien à la nature, encore collective, des décisions dans l’ancien bloc de l’Est, souligne Mme Monique Moreau, déléguée à la communication et à l’international.

Même effort à la CICF pour sensibiliser les adhérents aux zones extra-communautaires, puisque l’Union européenne, « c’est maintenant le marché domestique », comme l’explique M. Dominique Rousseau. Un effort encore difficile pour certains.

Recours accru aux financements internationaux

Boum vers l’Asie-Océanie, qui vient au premier rang des études répertoriées par Syntec, alors qu’elle ne dépassait pas 15%, en 1987. Même progression marquée pour l’Europe occidentale, qui absorbe 20 % des études à l’export. En revanche, l’Afrique, est passée de 45% à 21%. Cet effort sur les marchés étrangers se retrouve bien sûr au niveau des entreprises les plus dynamiques. Chez Sogelerg Sogreah, (700 personnes, dont 440 ingénieurs), en 1992, l’export représente près de 50% des 521 millions d’honoraires. Quant au financement, Sogelerg a réussi à l’internationaliser, puisque de 1989 à 1993, la part du financement français est passée de la moitié au quart du volume des honoraires d’études à l’export. Montant qui ne comprend plus de commandes clé en main, explique M.Didier Bénouville, directeur commercial.    

Avec 23% du financement des études à l’export (275 millions de F), la Banque mondiale vient au premier rang des financements de Sogelerg, suivie par les institutions européennes telles que Phare, Tacis, BEI, puis la Banque asiatique de développement durable et la Banque africaine de développement. Enfin, c’est le tour des financements propres de leurs clients, (Saoudiens, Taïwanais…). C’est pourquoi Sogerleg Sogreah, met à jour en permanence les curriculum vitae de ses ingénieurs ainsi que leurs équivalences pour la Banque mondiale ou la Banque asiatique de développement.

Une grande dame expérimentée

Il est vrai que la Banque mondiale est une institution de poids. C’est une grande dame expérimentée. Et ses critères de choix, pour les différentes sélections, « long list », « short list », sont bien connus des consultants. En outre, elle multiplie les efforts pour être accessible grâce à toutes sortes de publications sur les consultants, les passations des marchés, le cycle des projets à la Banque mondiale, etc. Dotée d’un bureau à Paris, elle organise même des séminaires, à intervalles régulières, et une équipe vient deux fois par an en France, pour éclairer ses futurs partenaires. Enfin, c’est la première institution internationale à se doter d’un tout nouveau conseil d’inspection, pour examiner les plaintes déposées contre la Banque, concernant les diverses procédures utilisées, vient-on d’annoncer.

Pour joindre Washington, où se tient le siège de la Banque, les contacts sont faciles, explique M. Michel de Sainte Foy, chargé de mission auprès de la Direction générale de Sofresid. Il suffit de décrocher son téléphone, à l’américaine, sans encombre. Spécialisée dans l’industrie, métallurgie, sidérurgie, pétrolier, bâtiment, (CA : 2,5 milliards de F, consolidé en 1992, 3000 personnes), Sofresid se situe au quatrième rang des sociétés d’ingénierie.

Bien sûr, rien ne remplace les visites régulières aux différents sièges, que certaines sociétés françaises font tous les deux mois : Londres, Bruxelles, Washington, Abidjan ou Manille, pour rencontrer les administrateurs français, les spécialistes de différents secteurs, les pays emprunteurs. Inlassablement, l’entreprise doit se faire connaître, se préparer à soumissionner, et ne pas se contenter  d’être enregistrée sur les différentes listes de consultants de banques, comme la Banque de données de la Banque mondiale, le fameux Dacon.

Voilà pourquoi Sofresid vient d’ouvrir un bureau à Bruxelles où siège également la BEI, elle aussi banque de grands professionnels qui, l’an dernier, a prêté 882 millions d’ECU à l’Europe centrale et 680 millions au bassin méditerranéen. La BEI finance réalisations et études. Souvent, il faut découpler le financement des études et des réalisations. La Chine, par exemple ne finance jamais les études. D’où le rôle précieux de financements internationaux ou de financements français (protocole, Fonds de l’ingénierie) qui permettent d’amorcer la pompe. Ensuite, des institutions multilatérales comme la Banque mondiale, par exemple, prennent le relais.

L’ingénierie est un secteur important dans les différentes institutions multilatérales. Un exemple, la Banque mondiale. En 1992, 15,4% des consultants travaillant avec Washington  appartenaient à ce secteur, contre 32,7% dans le domaine de l’économie et des statistiques, 16,3% dans celui du social, et 10,3% dans le management et le conseil en organisation.

Reste que les sociétés d’ingénierie et à fortiori les ingénieurs-conseils, à tort ou à raison, ont souvent l’impression que les grands cabinets de conseil internationaux, forts de leur connaissance de l’univers anglo-saxon et de leur approche plus macro-économique, leurs dament le pion. Or, « l’ingénierie française est excellente, ce qui lui manque parfois, c’est l’emballage », commente un expert. D’ailleurs à la Berd, souligne M. Patrick Mordack, administrateur français à la Berd, la contribution de l’ingénierie française se situe au deuxième rang, juste derrière la Grande-Bretagne, si l’on inclut dans l’ingénierie les services financiers. Qui plus est, cette part a même progressé de 1992 à 1993.

Rentabiliser les projets

A l’évidence, la stratégie des entreprises d’ingénierie et des ingénieurs-conseils dépend des politiques propres à chacune des institutions internationales : nature des secteurs prioritaires, montant des études et des réalisations, type d’exigence, éloignement. Donc, un bon calcul de rentabilité s’impose. Une offre coûte cher, rappelle M. Didier Bénouville, au moins 50 000 F. Or, dans certains cas, comme au Vietnam, « la concurrence est sauvage, avec une première sélection de 100 entreprises, (« la long list »), pour une adduction d’eau. Et il faut rentabiliser les appels d’offre. Sans oublier les trois ou quatre années nécessaires, au préalable, pour « ramener une affaire, trouver de bonnes filières ». « On continue en Afrique, explique M. Bénouiville, puisqu’on a beaucoup de projets de taille moyenne au Lesotho, au Burgundi, et même au Rwanda… avec des montants d’honoraires compris entre 1 et 5 millions » sur financements internationaux.

Une concurrence échevelée

D’ailleurs, tous les consultants, y compris les sociétés d’ingénierie compris les sociétés d’ingénierie se demandent toujours comment passer dans le prix, alors que prévaut une concurrence mondiale échevelée. Finalement, remarque un directeur commercial, curieusement le prix de vente des concurrents suisses, allemands, japonais, américains, sont très proches, même si les salaires de base ou les charges sociales diffèrent. En outre, on voit se développer des partenariats de toutes sortes sur les marchés étrangers. Cegelec travaille avec des ingénieurs indiens, Sofresid, a créé un bureau avec 100 dessinateurs locaux en Indonésie, bureau qui, si nécessaire, procède lui-même à des appels d’offres à Djakarta et Paris pour des travaux clés en main (EPC, évaluation, procurement and construction). Car le rôle des partenaires locaux est déterminant, pour des raisons politiques de coût…

De même, fort de son expérience de sous-traitant pour Sofinel à Daya Bay, en Chine, M. Jean Roche, le PDG de la très dynamique société d’ingénierie Beten, vient de créer à Pékin, une société franco-chinoise d’ingénierie, aux normes chinoises, Beten Hua Mao, en joint-venture, avec une émanation de la direction d’un département du ministère de la Construction. Il est vrai que Beten  a déjà travaillé en Europe centrale et orientale, (projets financés par Tacis, pour la filière alimentaire, etc.) et, tout récemment, en partie sur protocole franco-vietnamien, sur le Fonds de l’ingénierie, avec l’aide du ministère de l’Agriculture pour une usine d’embouteillage au Vietnam.

On peut imaginer également d’autres échafaudages, qui s3250681e greffent sur des financements internationaux ou financements français.  C’est ainsi que Serete Industries vient d’obtenir un contrat d’assistance et de fourniture d’équipement de 1,25 milliard de F pour la société mixte Dongfeng Citroën Automobile Company (DCAC), à Wuhan, en relation avec la Société Générale, la Coface et le ministère français de l’Industrie. Serete est ainsi fournisseur de la joint-venture de Citroën, largement financé sur protocole. A son tour, ayant un représentant permanent chinois à Wuhan, Serete pourra rendre de très précieux services à des clients potentiels, y compris des équipementiers, puisque Wuhan devient un haut lieu de l’automobile pour les Français. Les ingénieurs et les sociétés d’ingénierie françaises ne seront pas les derniers…

 

(1)    Directives, Emploi des consultants par les emprunteurs de Banque mondiale et par la Banque mondiale en tant qu’agence d’exécution.  

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